L’interview rétro : Didier Beugnies

17 juillet 2023 #beugnies#rétro
– Pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous vous présenter brièvement et retracer votre parcours ?

Je suis né en 1961. J’ai commencé à Mons, et non dans un des deux clubs de Frameries comme beaucoup le pensent. C’est le boulanger qui à proposé à mes parents de m’inscrire à Mons. Ayant peu de moyens, mes parents étaient réticents. A l’époque c’était compliqué pour eux. Finalement Monsieur Lavennes les a convaincus d’aller passer un test à Mons. Après 20 minutes, l’entraîneur voulait me faire signer. On a triché sur ma carte de naissance, il fallait avoir 10 ans et j’en avais 9 et demi. J’ai fait toutes mes classes chez les Dragons.

A 17 ans, Monsieur Maurice Jamin est venu voir un match des nationaux. Il s’ennuyait terriblement, il regardait les Nationaux d’un coté et moi, je jouais en Régionaux, sur le terrain d’à côté. Il m’a repéré et s’est demandé ce que je faisais là. On lui a expliqué que j’étais trop petit. Il à décidé de me faire aller en équipe première. Il coaché l’équipe en D3. Il m’a convoqué pour un match et, coup de bol, il fait la tournée des bars le samedi soir. Il est tombé sur des joueurs qui faisaient comme lui. Il a pris la décision de les éjecter et, le lendemain, en arrivant à 13h, Maurice Jamin qui me dit « Bonjour, je te le dis, tu n’es pas sur le banc.» il y a eu un blanc puis il a ajouté « Tu commences » . De Régionaux à la D3, j’ai évidemment été très choqué. J’ai été très bien accueilli par le groupe. Sur le terrain, j’ai fait le spectacle et j’ai planté un but. Je suis sorti après 80 minutes, ma carrière était lancée. Après six bonnes saisons à Mons, je suis arrivé en D2 à Charleroi. On est monté via le tour final, ce qui m’a permis de connaitre la D1.

Ensuite, j’ai coaché Mons, jusqu’à leur dernière saison. Ce club m’a fait naître et m’a tué. Charleroi m’a fait connaître vis-à-vis du grand public. Ce qui est arrivé dans la CIté du Doudou m’a dégouté. Je ne reviens au stade que depuis Octobre.

 

– Si vous deviez résumer le Sporting Charleroi en quelques mots ?

J’ai été meilleur buteur en D2 et second meilleur buteur en D1, devant Papin. Je ne peux pas oublier les supporters. Si je retourne voir le Sporting en T4, c’est qu’il y a une raison. Je suis fier, les supporters me font tellement plaisir. J’ai racheté une maison modeste, mais mon but n’est pas l’argent, mais le bonheur que j’ai pu donner et ce que l’on me rend. Ça, on ne me le retirera jamais. 30 ans après, car j’ai stoppé à 32 ans, j’ai fait une marche de 80 km et j’ai pu croiser quelqu’un qui m’a reconnu et dont j’étais l’idole. Ca, c’est le bonheur. Les yeux qui brillent sur le visage des gens qui m’abordent encore aujourd’hui.

Face à l’Antwerp, cette saison, je suis allé en T4 avec une amie. A la base, je ne voulais pas et là, tous les gens m’ont reconnu. Sur les réseaux sociaux, les gens savaient que j’étais là. Des supporters que je connaissaient m’ont appelé et je suis descendu près du Capo. Ils ont chanté le chants des anciens. Depuis, ils ont réalisé une fresque géante avec nous 6, sous la T1. J’ai eu les larmes aux yeux quand on m’a fait monter sur le terrain et que les supporters ont chanté mon nom, lors de son inauguration.

 

– Quel genre de joueur étiez-vous ?

Un buteur, un renard des surfaces, technique et rapide. J’ai marqué pas mal de buts du pied gauche alors que je suis droitier.

 

– Durant votre carrière, y a-t-il des joueurs et des entraîneurs qui vous ont marqué (équipiers et adversaires) ?

Il y en a tellement. C’était une époque où nous étions des amis. Zetterberg, Malbassa, Albert, Brogno, Silvagni, Hurtado,… Tous m’ont marqué. Si on se souvient de moi comme buteur, moi je ne remercierai jamais assez ceux qui me faisaient les passes, qui faisaient le travail pour moi mettre des buts.

Citer un joueur ne serait pas honnête. Comme adversaire, je dirais, Lozano, Ceulemans et Papin. Quel joueur et quelle humilité !

Au niveau des coachs, chacun m’a appris quelque chose, positivement et négativement.

 

– Aviez-vous une idole de jeunesse ?

Kevin Keegan. Je l’ai reçu pour l’Euro 2000. On a organisé un match de jeunes, et nous avons joué dans la même équipe, au stade Jonnet. Ils nous a invité en 2002 à Wembley avant sa transformation. 90 000 personnes.

Il y avait également Paul Van Himst. Il est venu jouer à Mons, je suis allé le voir. Je l’ai revu après. Je n’ai jamais osé lui parler.

 

– Vous souvenez-vous de vos débuts au Sporting ?

Oui c’est en D2, mais contre qui exactement, je ne sais plus.

 

– Quel est votre meilleur et votre plus mauvais souvenir ?

Le meilleur reste inévitablement a montée en D1, à égalité avec ma première saison en D1. Je termine second meilleur buteur en Belgique.

Le plus mauvais, ce sont mes deux blessures, de 5 mois chacune; au ménisque et aux ligaments croisés.

 

– Avez-vous des regrets sur votre carrière ?

Non. Ma seule peine est de ne pas avoir été au Mexique, en 86.

 

 – Longtemps, on a cru que vous deviendriez un joueur international, il n’en fut rien. Comment l’avez-vous vécu ?

Mal. Je n’ai jamais compris. Un joueur belge qui met 22 buts en jouant à Charleroi… Je n’ai même pas eu droit à un match amical. Qu’on me cite un joueur avec mon bilan chiffré qui n’a pas été repris au moins une fois. Cela dit, ne pas avoir été au Mexique m’a permis de vivre la naissance de mon fils.

 

– Avez-vous gardé des contacts avec d’autres joueurs ou entraîneurs ?

Oui bien sûr ! Dés qu’on sait, on se revoit. Ceux qui habitent dans le coin, on va manger ensemble. Pugh, Albert, Gérard, Balog, Bukran, Wuillot, Vavadio.

Les entraineurs, moins,. J’ai eu Peruzovic, Antheunis, Heylens, mais je ne les vois plus.

 

– Le Sporting a toujours eu des supporters chaleureux, quels étaient vos rapports avec eux ?

Fabuleux, je ne les oublierai jamais. Ils chantent les joueurs qui seront dans nos cœurs mais moi, ils seront toujours dans le mien.

 

– Comment voyez-vous l’évolution du football, en général, et de Charleroi, en particulier ?

Ça fait 8 ans que je ne regarde plus trop le foot, j’ai juste repris cette saison. Ca devient une histoire de gros sous. Mais malgré l’argent (citons le PSG), ça n’achète pas tout. C’est triste quand on lit qu’un club ne peut pas transférer ou qu’un autre va être racheté par un groupe étranger…

Les Zèbres, je ne les ai revus que sur la deuxième partie de saison. Les 5/6 derniers mois furent très positifs avec Felice.

 

– Que manquait-il au Sporting de votre époque ?

Rien. C’était le manque d’expérience, on remontait de D2 en D1, on ne refait pas le monde en un jour. On avait des budgets moindres que la plupart des autres clubs. N’oublions pas une chose; si on reprend le football de ce moment-là, on avait des gars qui venaient de Bouillon, Rochefort, Walcourt, Tamines, … tous des jeunes de la région. Les adversaires, c’étaient des stars de l’étranger ! Anderlecht gagnait la coupe d’Europe. Ca veut dire que les autres clubs avaient des budgets. Haan, Tahamata, Van Tiggelen, ce n’était pas des manchots !

 

– Suivez-vous l’actualité de Charleroi et si oui, quels joueurs vous plaisent ?

C’est un groupe, un groupe de potes soudés qui se sont battus l’un pour l’autre depuis le retour de Mazzu. C’est depuis le match de l’Antwerp que cela va mieux. J’apprécie les joueurs tels que Marco, Gholizadeh, Van Cleemput, Nkuba, Tchatchoua.

 

– Un mot sur la saison du Sporting ?

Comme dit précédemment, c’est tellement mieux depuis que Mazzu est revenu, il a fait un bien énorme dans la libération des joueurs.

 

– Quels sont vos hobbys, vos passions ?

Depuis toujours, j’adore la pêche. Je fais des concours. Dans quelques semaines je ferai un 24heures puis un 48 heures de pêche.

Je cours toujours, j’ai fait les 80 kilomètres de marche à la côte.

 

 – Aujourd’hui, que devenez-vous ?

Je suis coach au centre de médecine sportive à Monceau, mais j’arrive à la fin de ma carrière. Je pense prendre ma pension d’ici 1 an.